Est-il possible d’apprendre le Focusing aux enfants ?

Les enfants peuvent très tôt être initiés à cette façon de procéder, ils vont ainsi apprendre à tenir compte de leur expérience interne comme référence. Très tôt nous pouvons leur apprendre à ressentir ce qu’ils vivent, en les aidant à nommer leurs émotions certes, mais aussi en les aidant à s’approcher de cette impression plus vague et plus globale présente en permanence qui nous indique comment nous vivons une situation. Les enfants ne pourront peut-être pas la décrire directement, par contre, si vous leur demandez comment ça fait à l’intérieur, voire, si vous leur suggérez de mettre en image ce qu’ils vivent, alors ils s’expriment très facilement.

Témoignage
    • Tom, 8 ans, est amené par sa mère qui voudrait l’aider. En effet, ses enseignants l’ont convoquée plusieurs fois à propos du comportement agité de son enfant. Il est décrit comme ne tenant pas en place, bougeant sans cesse sur sa chaise. Les réponses de Tom aux réflexions de son enseignant sont jugées désinvoltes.Je demande à Tom comment il perçoit ce que sa mère vient d’exposer. Il hausse les épaules et ne voit pas où est le problème.
      – Essayons un jeu Tom, lorsque tu es à l’école comme ça, si tu te sentais être un animal, ce serait lequel ?
      – (Quasi immédiatement): un oiseau.
      – Comment ça un oiseau ? Dis-moi comment il serait, cet oiseau, comment il se sent assis à l’école.
      – Eh bien, comme un oiseau qui s’est posé un moment.
      – Comme si sa place, là où il est bien, c’est dans le ciel quand il vole?
      – Oui c’est ça! Il attend de pouvoir revoler. Il s’est posé juste un moment.
      – Ah oui, ce pour quoi il est fait, sa nature, c’est de voler, même s’il peut se poser un peu de temps en temps. Et toi, tu te sens comme cet oiseau, c’est ça qui te fait bouger sur ta chaise?
      – Oui, c’est ça.
      – Comment ça te fait à l’intérieur de toi, de mieux te rendre compte de ça maintenant? Comment te sens-tu?
      – Mieux, ça fait du bien. (Coup d’oeil vers sa maman).
      A côté, sa maman laissait couler des larmes sur ses joues en voyant combien son enfant était capable de communiquer son expérience intime et positive.A partir de là il devient possible de faire parler cet oiseau pour l’aider à trouver comment vivre l’école de manière plus satisfaisante
      Dr Pascal Jacquelin, praticien à Annecy

Apprendre à l’enfant à écouter comment il vit une situation est prioritaire pour l’aider à prendre la bonne orientation/décision pour lui. Supposons : votre enfant est fatigué, va-t-il aller à l’école ou pas ? Vous pouvez décider pour lui en fonction de vos obligations, de vos craintes, etc… mais vous pouvez aussi l’aider à soupeser l’intégralité de la situation à partir de ce ressenti corporel global, fait de différents paramètres (degré de fatigue, cours à rattraper, envie d’échapper à un devoir, besoin de récupération, d’autres aspects pas forcément conscients …). Qu’est-ce qui est vraiment bon pour lui ? Il y a quelque chose en nous qui « sait » ce qui est le plus ajusté.
Le Focusing va aussi aider l’enfant à faire face à des situations stressantes. Il va aller chercher les ressources dont nous disposons, ressources souvent camouflées par nos peurs. Il va s’adresser à la sagesse de notre organisme et solliciter nos potentiels de transformation.

Témoignage
      • Léa, 13 ans, doit passer un examen de musique, elle panique car la dernière fois ça s’est mal passé pour elle. Elle craint de revivre la même épreuve. Je lui demande de prendre son temps et de voir comment ça se passe à l’intérieur d’elle : « ça fait un grand vide là, (montre l’estomac)».
        – « Un grand vide, tu peux décrire quel sorte de vide ça fait »
        – « (fait un geste avec ses mains) une sorte de sac comme ça, mais ce sac est vide, il occupe une grande partie de mon ventre »
        – « est-ce que tu peux accueillir ce sac, tel qu’il se présente, tranquillement… (silence), ensuite tu vois ce que tu aimerais… »
        – « … qu’il se remplisse »
        – « alors tu invites à ce que ça se fasse et tu laisses faire »
        – « (silence)… je vois des sortes de tuyaux, des vaisseaux qui viennent du reste de mon corps et qui traversent ce sac pour le remplir. C’est comme si ça redevenait vivant, ça se remplit doucement… (silence) Voilà c’est plein, le sac a disparu. C’est tout chaud, tout vivant… Ah c’est mieux !
        – « Qu’est-ce que tu peux apprendre de tout cela ? »
        – « Je vais arrêter de me faire du souci… et si je m’en fais… je retrouverai cette image, ça me fera du bien. »
        Quelques jours plus tard, Léa me dit que son examen s’est bien passé, elle a un sourire jusqu’aux oreilles.

Ainsi, l’enfant apprendra à coopérer avec ces indices corporels, ils vont lui servir de repérage interne, comme s’il avait une boussole intérieure (il en va de même pour les adultes !). Si les enfants ont eu l’habitude de consulter leur sens corporel, ils vont savoir déterminer ce qui est le meilleur pour eux, ils vont pouvoir prendre les meilleures décisions, trouver des réponses innovantes, avancer en confiance dans la vie. Ils seront mieux outillés pour faire face à des situations délicates car ils sauront prendre appui sur leur réalité interne et leurs réelles capacités, ils pourront évaluer leurs aptitudes à leur juste mesure, se lancer des défis appropriés, suivre leurs goûts et dispositions. Cette démarche assurément va dans le sens de leur autonomisation, de leur grandissement, de leur épanouissement. En savoir plus ?